La soumission chimique : A l’insu de mon plein gré…

 

Ce 23 février 2010, une communication de l’Académie de Médecine a mis l’accent sur un phénomène bien connu du grand public via les médias, mais parfois oublié des praticiens : la soumission chimique.

 Le Centre antipoison de Lille souhaite se joindre à ce rappel et faire une nouvelle mise en garde sur ce phénomène.

C’est le fait de donner à une personne une substance psycho active, à son insu dans un but criminel ou délictueux : maltraitance à enfants, vol, viol, abus de confiance etc.

Les produits peuvent être d’origine naturelle par exemple  certaines plantes, ou chimiques dans le cas de drogues psycho actives mais le plus souvent ce sont des médicaments.

Des cas historiques :

Bien connue des sorcières, certaines plantes ont des propriétés psycho actives : perte de conscience, perte de mémoire, levée d’inhibition ou effet planant.

Du 16eme au 18eme siècle, des bandits de grands chemins ont utilisés les graines de Datura pour neutraliser leurs victimes. Ils furent appelés les Endormeurs ou empoisonneurs.

Livre « Histoire dramatique des brigands célèbres », B. Renault Editeur 1845

les Endormeurs et empoisonneurs

bandits

Les produits les plus souvent en cause ne sont pas ce que l’on met en avant dans les médias :

Dans les médias, la drogue du viol ou GHB est souvent identifiée dans les milieux festifs ; mais son usage semble rare. L’Afssaps a relevée lors d’une enquête en France prés de 1156 notifications entre 2003 à 2008 et 50% de ces cas seraient des soumissions chimiques. Dans prés de 2/3 de ces cas, les produits en cause sont des médicaments de la famille des benzodiazépines découverts et utilisés depuis les années 50(http://fr.wikipedia.org/wiki/Benzodiazèpine).

Les propriétés sédatives sont utilisés dans le traitement de l’anxiété : les plus fréquents détournés de leur usage sont le clonazepam en premier puis le bromazépame.

Dans ces cas, les femmes sont majoritairement victimes de viols et les hommes victimes de vols. 

Les circonstances :

Les cas rapportés font état de réunions festives, privées ou publiques, le plus souvent avec prise d'alcool associée.

Une soumission chimique doit être suspectée chez toute personne présentant soit des signes cliniques d’agression, soit des troubles psychiques de type amnésie et ce en présence de faits délictueux possibles: perte de portefeuille ; de carte bancaire ou espèces

 

Judiciariser les victimes :

L’AFSSAPS avait adressée une lettre aux professionnels dés 2003, pour insister sur la nécessité de judiciariser les victimes : c'est-à-dire encourager celles-ci à porter plainte. Il y a obligation de signalement à l’Autorité pour toute personne victime de moins de 15ans et pour toutes personnes fragiles.

Inciter la victime à porter plainte puis faire constater l’agression par un médecin, qui pourra envoyer la déclaration à l’un des CEIP (ou centre d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance).

 

Conclusion :

C’est une pratique délictueuse voire criminelle. La soumission chimique est un phénomène médiatisé mais finalement mal connu ou sous estimé du point de vue des médicaments utilisés dans un but détourné. La sensibilisation des praticiens et biologistes par les toxicologues vise à une meilleure prise en charge des patients pour identifier les substances le plus tôt possible.

 

A lire en complément :

Dossier complet Protocoles et formulaire de Déclaration AFSSAPS : http://www.afssaps.fr/Activites/Pharmacodependance-Addictovigilance/Soumission-chimique/%28offset%29/5#paragraph_574

« Botanique, chimie et toxicologie des solanacées hallucinogènes : belladone, datura, jusquiame, mandragore. »

Jean-Pierre Goullé, Gilbert Pépin, Véronique Dumestre-Toulet and Christian Lacroix  http://www.ata-journal.org/index.php?option=article&access=doi&doi=10.1051/ata/2004023