RAPPORT DU CENTRE ANTIPOISON DE LILLE

Membre du Réseau Européen des Services d'Information

sur les Agents Tératogènes

ENTIS (European Network of Toxicology Information Service)

ACTIVITE D'INFORMATION

SUR LES RISQUES TOXIQUES

PENDANT LA GROSSESSE ET L'ALLAITEMENT 1997

 

Date de création du Centre Antipoison : 1972

Date de création des Activités d'Information sur les Risques Toxiques pendant la Grossesse et l'Allaitement : 1991

Date d'affiliation au réseau européen E.N.T.I.S. (European Network of Teratology Information Service) : 1992

Situation géographique :

Centre Hospitalier Régional Universitaire de Lille

LILLE - FRANCE

 

HISTORIQUE

Créé en 1972, le Centre Antipoison de Lille assure 24 h / 24 h une réponse en urgence à tout problème toxicologique auprès des médecins hospitaliers et des praticiens de ville, des pharmaciens et du grand public.

Au cours des années 1980 à 1990, de nouvelles activités se développent pour répondre aux préoccupations des médecins, du public et des autorités sanitaires concernant les risques toxiques de l'environnement sur la santé de l'homme, et notamment lors d'exposition à des produits domestiques (produits ménagers, de jardinage, de bricolage), des pesticides, des polluants de l'environnement (monoxyde de carbone, amiante, plomb, mercure...), des médicaments, des drogues ou des produits industriels...

C'est dans ce cadre que s'est développée l'activité d'information et de surveillance des risques toxiques pendant la grossesse et l'allaitement, et devant l'augmentation des demandes et leur spécificité. Cette activité a été individualisée au sein de l'activité du Centre Antipoisons en 1991. Après présentation d'un premier bilan de 80 appels au cours de l'année 1991, et en raison de ses spécialisations sur les problèmes de l'environnement (produits ménagers, pesticides, pollution de l'environnement...), le Centre Antipoison de Lille a été sollicité par le Centre Antipoison de Berlin et de Londres pour entrer dans le réseau européen des centres d'information sur les agents tératogènes (E.N.T.I.S. : European Network of Teratology Informations Services) dont la vocation est l'échange d'informations afin de mieux répondre à des problèmes difficiles et de participer à des études de validation sur des sujets définis.

Organisation de l'activité d'information sur les risques toxiques

L'accès à l'information est un problème crucial dans ce domaine où les données sont rares et éparses (d'où l'importance du réseau d'experts au niveau européen). Une documentation spécialisée (livres, bases de données ARSENIC, TERIS, REPROTOX, dossiers bibliographiques) a été constituée au fil du temps.

L'équipe médicale spécifique est constituée :

- Docteur M. MATHIEU-NOLF, Médecin responsable

- Docteur P. DURAK qui consacre en particulier une journée par semaine (en moyenne 3 demandes par semaine) pour le suivi des appels et des cas et met à jour la documentation spécifique et la base de cas cliniques.

Au cours de ces dernières années, l'activité d'information reste stable avec en moyenne 3 à 4 demandes par semaine :

 

 

1992

1993

1994

1995

1996

1997

Grossesses

136

129

78

137

176

212

Allaitements

8

3

4

17

23

20

TOTAL

144

132

82

154

199

232

 

Le principal axe de travail a été d'évaluer les risques toxiques, pour le foetus et la mère, de l'intoxication par le monoxyde de carbone.

Le présent rapport analyse l'activité de l'année 1997 et les données suivantes sont présentées :

1- Nombre total de demandes

2- Provenance des demandes

3- Type de demande

4- Modalités de la demande

5- Age de la patiente en cas d'exposition pendant la grossesse et l'allaitement

6- Circonstances de l'exposition des patientes pendant la grossesse et l'allaitement

7- Lieu d'exposition des patientes pendant la grossesse et l'allaitement

8- Type d'agent étiologique en cause (n = 262)

 

1 - NOMBRE TOTAL= 232

2 - PROVENANCE

Public

107

46 %

Corps médical

125

54 %

     
     
     

 

3 -TYPE DE DEMANDE

Prise pendant la grossesse

158

68 %

Demande de renseignement pendant la grossesse

54

23 %

Prise pendant l'allaitement

12

5 %

Demande de renseignement lors de l'allaitement

8

4 %

 

4 - MODALITES DE LA DEMANDE

Téléphone

174

75 %

Dossier

55

23,5%

Lettre

1

0,5 %

Non précisé

2

1 %

 

5 - AGE

Renseignement uniquement quand il existe une prise (170 dossiers)

< ou = à 14 ans

0

0 %

15 - 19 ans

12

7 %

20 - 29 ans

101

59,5 %

30 - 39 ans

54

31,5 %

> 40 ans

3

2 %

 

6 - CIRCONSTANCES D'EXPOSITION

Conduite suicidaire  

38

22,5 %

Autre intoxication volontaire  

11

6,5 %

Pollution de l'environnement  

35

20,5 %

Accident thérapeutique  

9

5,5 %

Erreur thérapeutique  

23

13,5 %

Accident domestique classique  

28

16,5 %

Exposition professionnelle  

6

3,5 %

Autre

- Chaîne alimentaire

- Autre accident

- Non précisé

5

132

20

11,5 %

 

7 - LIEU D'EXPOSITION

Domicile

154

92 %

Lieu de travail

6

3 %

Hôpital

6

3 %

Extérieur

2

1 %

Non précisé

2

1 %

 

 

8 - AGENT ETIOLOGIQUE (= 262)

Médicaments  

178

68 %

- antiinfectieux

- antalgiques et antiinflammatoires

- médicaments à visée neuropsychiatrique

- divers

20

47

69

42

   
Monoxyde de carbone  

35

14 %

Produits industriels  

6

2,5 %

Produits de bricolage  

11

4 %

Produits ménagers  

12

4 %

Pesticides - engrais  

7

2,5 %

Aliments  

7

2,5 %

Autres  

6

2,5 %

Le total des agents est supérieur au nombre d'intoxiqués (association de plusieurs agents possibles)

 

COMMENTAIRES SUR LES DONNEES 1997

1- L'activité reste stable depuis 1992, même si l'augmentation enregistrée en 1995 s'amplifie en 1997 avec en moyenne 3 à 4 appels par semaine.

2- Les demandes proviennent du grand public (46%) et des professionnels de santé (54%) représentés essentiellement par des médecins hospitaliers ou des généralistes.

3- La majorité des demandes concerne des prises ou expositions pendant la grossesse (68%) ou pendant l'allaitement (5%).

Dans 27% des cas, les demandes sont préventives à l'exposition (prise médicamenteuse, utilisation de produits de jardinage...) notamment médicamenteuse en cas de grossesse avérée ou préconceptionnelle (23%) ou pendant l'allaitement (4%).

4- Les circonstances d'exposition des patientes pendant la grossesse ou l'allaitement sont accidentelles dans 71% des cas, et résultent d'une intoxication volontaire notamment par conduite suicidaire, dans 29% des cas.

La circonstance accidentelle la plus fréquente est la pollution de l'environnement domestique (20,5 %), notamment par le monoxyde de carbone, liée à l'utilisation d'un moyen de chauffage défectueux, puis l'accident domestique (16,5%) lors de travaux ménagers ou de bricolage ou de jardinage, puis l'erreur thérapeutique (13,5%) le plus souvent par automédication.

Les médicaments impliqués dans les circonstances telles que les conduites suicidaires ou erreurs thérapeutiques, sont les produits les plus fréquemment en cause (68%). Cette fréquence relative du nombre de médicaments est liée au fait que dans les intoxications volontaires par conduite suicidaire, les médicaments sont les plus couramment utilisés par les patientes (enceintes ou non) et que la plupart du temps, plusieurs médicaments sont ingérés. Ensuite, nous retrouvons le monoxyde de carbone dans 14% des cas, puis les produits industriels et de bricolage (6,5%) et les produits ménagers (4%).

CONCLUSION

L'activité d'information sur les agents tératogènes assurée par le Centre Antipoisons de Lille se développe régulièrement. Un effort tout particulier a été entrepris en 1997 sur le suivi des cas, du devenir de la grossesse et de l'enfant après la naissance, afin d'améliorer la connaissance dans ce domaine encore insuffisamment exploré, notamment pour les produits autres que les médicaments.

Il serait indispensable d'entreprendre une action d'information des professionnels de santé sur cet aspect.

EVOLUTION DE LA GROSSESSE :

En 1997, le nombre d’appels relatifs à une prise lors de la grossesse ou de l’allaitement était de 159

45 personnes n’ont pu être recontactées car leurs coordonnées étaient insuffisantes.

Parmi les 114 personnes restantes, 40 ont été perdues de vue soit par leur médecin traitant, soit par le médecin de l’hôpital où elles avaient consulté, soit par un des membres de leur entourage qui avaient appelé le centre antipoisons.

Pour 74 personnes, l’issue de la grossesse est connue.

 

Sur ces 74 cas, 68 ont abouti à la naissance d’un enfant sans problème particulier.

* 2 fausses couches sont survenues :

- chez une femme de 25 ans qui avait pris volontairement à 8 semaines d’aménorrhée, 4 comprimés de zopiclone (IMOVANE). La patiente a présenté une somnolence et le traitement a consisté en l’administration de charbon activé et d’une surveillance. L’évolution a été rapidement favorable. La fausse couche est survenue à 24 semaines.

- chez une femme de 30 ans, enceinte d’un mois, intoxiquée par le monoxyde de carbone. La patiente était asymptomatique, la carboxyhémoglobinémie était à 10.1 %. L’évolution a été favorable sous oxygène par voie nasale. La fausse couche est survenue 4 semaines plus tard.

* 3 interruptions thérapeutiques de grossesse ont été décidées après constatation :

- d’une anencéphalie découverte à 10 semaines d’aménorrhée. La patiente avait pris par erreur une gorgée d’une solution antiseptique à base de mercurobutol (MERCRYL) quelques jours auparavant.

- de l’absence de battements cardiaques à 2,5 mois de grossesse. La patiente avait pris 1 comprimé de flubendazole (FLUVERMAL) au 17ème jour de grossesse.

- d’anomalies cérébrales : dilatation ventriculaire découverte à l’échographie, à 33 semaines d’aménorrhée. La patiente avait présenté des céphalées ainsi que des contractions utérines lors de l’intoxication par le monoxyde de carbone , l’examen neurologique était normal et elle n’avait pas perdu connaissance. La carboxyhémoglobinémie était de 18,7 %. Cette patiente avait bénéficié d’une oxygénothérapie hyperbare.

* 1 interruption volontaire de grossesse après prise de comprimés de misoprostol (CYTOTEC). Nous avons été interrogés par un médecin d’un centre d’orthogénie qui souhaitait connaître le risque tératogène après prise de ce médicament car la patiente souhaitait poursuivre sa grossesse.